Au Japon une réalité bat en brèche toutes les statistiques pro armes : elles y sont quasiment absentes du quotidien.

Il y a des villes où marcher seul la nuit ressemble à un sport extrême. Et puis il y a le Japon. À Tokyo ou Osaka, l’adrénaline ne grimpe pas au détour d’une ruelle; on se surprend même à respirer plus tranquille.
Au Japon, posséder une arme n’est pas un droit : c’est une exception sévèrement encadrée. La loi (Firearm and Sword Control Law) part d’un principe simple : pas d’armes, sauf cas très spécifiques.
Concrètement, seuls certains profils (policiers, instructeurs agréés, chasseurs autorisés) peuvent espérer un permis… au prix d’un véritable parcours du combattant : examen médical, tests théoriques et pratiques, enquête de voisinage, inspection du domicile pour le stockage.
Les sanctions sont à l’avenant : peines lourdes pour possession illégale, et perpétuité si vous tirez en public. Après l’assassinat de l’ex-Premier ministre Abe Shinzo avec une arme artisanale, le pays a même durci la répression des tutos “DIY” et de la fabrication maison.
En filigrane, l’idée est claire : l’arme ne sort du coffre que pour des usages validés, et elle y retourne aussitôt.
« Désarmé par design » : une stratégie séculaire
Contrairement au cliché, l’archipel n’a pas toujours été un havre sans armes. Moines guerriers, sabres, mousquets portugais… Puis, désarmement progressif : tentative de neutraliser les milices religieuses au XIIIᵉ siècle, “chasse aux sabres” de Toyotomi Hideyoshi en 1588, fin du privilège des samouraïs sous Meiji au XIXᵉ, et, après 1945, confiscations massives. Résultat : l’arme quitte l’espace social pour devenir objet patrimonial ou outil sportif hyper-encadré.
Autrement dit, la paix n’est pas tombée du ciel : elle est le produit d’un long choix politique.
Quand les armes réapparaissent
Même dans une culture du “zéro flingue”, des drames secouent parfois le pays :
- 8 juillet 2022 (Nara) : Abe Shinzo est abattu avec une arme artisanale faite de tubes et d’une batterie.
- 2023 (Nagano) : un chasseur, détenteur légal d’un fusil, tue quatre personnes dont deux policiers.
Deux déflagrations symboliques dans un pays où des policiers finissent une carrière sans dégainer. La réponse gouvernementale a suivi : contrôle renforcé des fusils de chasse et barrage accru contre la fabrication maison.
Les chiffres qui parlent d’eux-mêmes
- 150 728 fusils de chasse licenciés en 2022 pour ~125 M d’habitants.
- 0,25 arme pour 100 habitants (2017).
- 10 à 22 fusillades/an depuis 2017, majoritairement liées aux yakuza.
- 147 arrestations liées aux armes en 2024 ; 394 pistolets saisis la même année.
- À titre de contraste : 39 740 décès par armes à feu aux États-Unis en 2018.
L’écart est abyssal. Au Japon, un coup de feu fait trembler un pays entier ; ailleurs, il devient bruit de fond.
Ce que ça change pour vous (habitant·e, voyageur·se, parent)
Dans les rues de Tokyo, Kyoto ou Fukuoka, pas de fusillades à l’école, pas de tueries de masse dans les centres commerciaux. Les crimes existent (violences domestiques, agressions, mafias), mais pas de balles perdues. Cette rareté d’armes s’est incrustée dans l’ADN social : l’idée même de posséder un pistolet paraît… étrangère.
Utopie, dystopie… ou simple choix de société ?
En 2025, le Japon reste un cas à part : pays développé sans “droit de porter une arme”, où la sécurité collective l’emporte sur la liberté individuelle d’armement :
- Utopie pour qui rêve de rues où les enfants courent sans peur ?
- Dystopie pour qui voit dans l’arme un droit fondamental ?
Tout dépend d’où vous regardez.
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