💥 Crash obligataire japonais : le pays vient d’ouvrir une faille mondiale

Le stock cumulé de JGB et de T-bills pèse 1 190,9 trillions de yens, ce qui place le marché japonais dans un ordre de grandeur immense.

Crash obligataire japonais

Pendant longtemps, les obligations d’État japonaises ont joué le rôle du décor qu’on ne remarque plus. Un fond sonore rassurant, une courbe de taux qui bouge à peine, une promesse implicite de calme au cœur d’un pays surendetté. Et puis, en janvier 2026, ce décor a craqué.

Si vous suivez la macro de loin, vous n’avez peut-être rien vu “spectaculaire”. Pourtant, pour les professionnels, le message est clair : le Japon vient de sortir de la catégorie “marché quasi immobile”, et quand un marché de cette taille se met à vivre, tout le reste écoute.

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Le signal n’a pas pris la forme d’un krach boursier. Il s’est logé là où ça compte pour un État : sur la durée. Le 30 ans a encaissé une hausse de rendement d’environ 27 points de base en une seule séance, jusqu’à 3,88% (record), puis la tension s’est étendue : le 20 ans au-delà de 3,4%, et le 40 ans au-dessus de 4% dans la foulée, avec des mouvements de l’ordre de 40 points de base en deux séances sur le très long.

Ce genre d’accélération, sur le “super-long”, n’est pas anecdotique. C’est souvent le moment où la liquidité se retire, où les spreads s’élargissent, où la convexité se réveille, et où les appels de marge transforment une hausse de taux en mécanique de vente.

Et si vous vous demandez pourquoi cela peut vous concerner, même sans aucune exposition directe au Japon, gardez cette idée en tête : quand le prix du temps redevient instable dans un marché considéré comme une référence, la volatilité cherche immédiatement des relais ailleurs.

La mèche

Le catalyseur, lui, est très terrestre : la politique. La Première ministre Sanae Takaichi a convoqué des élections anticipées pour le 8 février 2026 et a mis au centre de sa campagne des mesures de relance, dont la suspension pendant deux ans de la taxe de 8% sur l’alimentation.

Le marché n’a pas “jugé” l’idée sur un plan moral. Il a posé sa question préférée, la plus froide : qui finance, comment, et avec quelle trajectoire de dette. Dans un pays où la soutenabilité tient beaucoup à la confiance dans un équilibre subtil entre inflation, taux domestiques et base d’investisseurs, la discussion budgétaire devient immédiatement une prime de risque sur la durée.

Pendant des années, beaucoup d’investisseurs ont intégré une idée simple : la Banque du Japon est le mur porteur. Mais le mur s’est déplacé.

La BOJ a déjà enclenché une normalisation, et les marchés la lisent comme moins disposée à “écraser” la courbe à tout prix. Reuters rappelle notamment un taux directeur porté récemment à 0,75%, un niveau présenté comme un plus haut depuis des décennies, dans un contexte où la banque centrale garde un biais de normalisation si l’inflation et l’activité le justifient.

Le dilemme, ici, est presque narratif : intervenir trop vite sur les super-longues maturités ferait penser à un retour de contrôle, avec un risque de lecture négative pour le yen. Ne pas intervenir assez vite, c’est accepter qu’une dynamique auto-entretenue se forme sur la partie la plus sensible du financement de l’État.

Pourquoi un problème japonais devient un stress mondial

Le point clé n’est pas “le Japon va tomber”. Le point clé, c’est que la stabilité japonaise était utilisée partout, souvent sans même être nommée.

D’abord, parce qu’un marché qui bouge vite transforme le collatéral en besoin de cash. Quand le prix des obligations longues baisse, les portefeuilles à forte duration perdent, les couvertures se réajustent, les marges augmentent. Et si, au même moment, “les acheteurs s’écartent”, la liquidation devient une façon brutale de fabriquer un prix.

Ensuite, parce que le Japon est un investisseur global. En 2025, les investisseurs japonais ont acheté environ 13,59 trillions de yens d’obligations étrangères, avant de redevenir vendeurs nets en décembre sur les actifs étrangers (obligations et actions). Il n’y a pas besoin d’une panique totale : des flux “à la marge” suffisent à faire bouger des marchés déjà nerveux.

Enfin, parce que le point de contact le plus visible reste les États-Unis. Le Japon est le plus grand détenteur étranger de Treasuries, autour de 1 202,6 milliards de dollars sur les données de novembre 2025. Quand le rendement domestique redevient compétitif et que la couverture de change coûte cher, le calcul risque-rendement change mécaniquement.

Ce que les autorités peuvent tenter

Face à un marché souverain qui se désorganise, les options reviennent toujours, mais elles ne se valent pas.

La BOJ peut casser une dynamique via des achats d’obligations, mais chaque geste est désormais interprété à travers le prisme de la normalisation et du yen. Le gouvernement peut aussi réduire l’incertitude en détaillant le financement des mesures de campagne, ou ajuster la gestion des émissions sur les maturités très longues. Reuters a justement listé ce type de leviers possibles dans la séquence.

Le message du marché, lui, est déjà passé : la partie super-longue n’accepte plus d’être traitée comme une formalité administrative.

Le prochain test

La date est connue : le 8 février 2026. La question aussi : le Japon peut-il laisser sa courbe longue “respirer” sans déclencher une spirale, tout en menant une normalisation monétaire et en ouvrant un débat budgétaire frontal.

Si vous investissez, même indirectement, vous n’avez pas besoin de devenir spécialiste des JGB. Vous avez juste besoin de reconnaître un changement de régime : l’ancien amortisseur mondial s’est fissuré, et ce genre de fissure augmente la volatilité partout, même chez ceux qui n’ont jamais acheté une obligation japonaise.

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Auteur/autrice : Louis Japon

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