⛩️ 1 400 ans d’entreprise familiale, l’histoire de Kongo Gumi

Fondée au Japon un siècle seulement après la chute de l’Empire romain, elle a survécu aux changements extrêmes de la culture, de gouvernement et de l’économie du Japon.

Kongo Gumi osaka chateau

Avant son rachat récent, la Kongo Gumi (株式会社金剛組) était la plus ancienne entreprise en activité continue au monde. Elle a réussit à préserver ses techniques de construction traditionnelles et ses valeurs familiales pendant plus de 1 400 ans !

En 578 après J.-C., l’empire maya était florissant en Amérique centrale et la plus ancienne entreprise en activité continue au monde était alors fondée au Japon. Kongo Gumi a donc fonctionné pendant plus de 1 400 ans en tant qu’entreprise indépendante avant de devenir une filiale de Takamatsu Kensetsu en 2006.

Elle est toujours en activité aujourd’hui et se spécialise dans la construction, l’entretien et la réparation de temples bouddhistes, en utilisant des outils et des techniques traditionnels transmis par son fondateur.

⛩️ Histoire de la plus vielle entreprise au monde

Lorsque le prince Shotoku Taishi commandait la construction du premier temple bouddhiste du Japon, Shitenno-ji (四天王寺), le Japon était essentiellement shintoïste et ne disposait pas de charpentiers formés à l’art de construire des temples bouddhistes. Les nouveaux artisans du prince recrutés à Baekje, l’État bouddhiste où se trouve aujourd’hui la Corée. Parmi eux se trouvait Shigetsu Kongo, dont le travail allait devenir la base de l’entreprise de construction Kongo Gumi.

Au cours des siècles suivants, l’entretien, la réparation et la reconstruction de Shitenno-ji constituait la principale source de revenus de Kongo Gumi. Construit en 593 après J.-C., il a été le premier temple bouddhiste du Japon. Partiellement ou complètement détruit au moins sept fois au cours des siècles par des guerres et des catastrophes majeures, la dernière fois dans les années 1960. Le temple a été construit sans clous, de sorte que les différents bois peuvent être retirés et remplacés afin de permettre d’entretenir la structure pendant des siècles.

Alors que le bouddhisme se répandait dans l’archipel, le champ d’action de l’entreprise s’est également élargi pour inclure des contributions à d’autres grands complexes de temples comme Koyasan ou le château d’Osaka.

La société a même survécu à la période pro-Shinto Meiji et à ses efforts souvent violents pour éradiquer le bouddhisme du Japon, qui ont notamment entraîné la destruction de dizaines de milliers de temples bouddhistes.

Lorsque les revenus de la construction et de la réparation des temples ont chuté pendant la restauration Meiji, l’entreprise s’est diversifiée, en commençant à construire les projets de bureaux et de logements exigés par un Japon de plus en plus occidentalisé. Plus tard la société a été la première au Japon à combiner des constructions traditionnelles en bois avec du béton, et la première à utiliser un logiciel de CAO pour concevoir des temples.

Kongo Gumi a construit son succès sur ses techniques de menuiserie transmises et magnifiées depuis la fondation de l’entreprise.

Bien que le Japon compte six des plus anciennes entreprises du monde et que l’on estime à 20 000 le nombre d’entreprises de plus de 100 ans, la longévité de cette entreprise est certainement intéressante à étudier plus en détail…

Le 32e dirigeant de l’entreprise, Yoshisada Kongo, a définit la liste des 16 préceptes de l’entreprise destinés à guider les activités de la famille.

kongo gumi

Les observateurs occidentaux pourraient être surpris de découvrir que si le texte de Yoshisada Kongo aborde des sujets commerciaux classique tels que le contrôle de la qualité et la satisfaction des clients, il met tout autant l’accent sur des valeurs humaines : la façon de se présenter à autrui ou la façon de traiter ses semblables (avec le plus grand respect).

Un certain nombre des préceptes sont toujours le reflet des valeurs japonaises bien vivantes : Écoutez ce que dit le client », « Traitez les clients avec respect » et « Soumettez le devis le moins cher et le plus honnête possible ». Le texte va plus loin, cependant, pour parler des relations en général : « Ne vous mettez pas en avant », « Ne vous battez jamais avec les autres », « Ne faites pas honte à une personne ou ne vous vantez pas » et « Communiquez avec respect ».

En effet le respect des préceptes du confucianisme, du bouddhisme et du shintoïsme est « le devoir le plus important » de la Kongo Gumi.

Une caractéristique de l’entreprise qui n’est pas spécifiquement décrite dans les préceptes de Yoshisada Kongo (mais qui a été fréquemment citée par ses récents dirigeants), est sa capacité à trouver un équilibre entre le respect de la tradition et la souplesse nécessaire pour répondre aux conditions changeantes.

🔨 Les artisans de la Kongo Gumi

Un nouvel ouvrier pouvait s’attendre à suivre dix ans d’apprentissage pour perfectionner les techniques exigées par le travail (et dix autres années de formation pour devenir maître charpentier), en ajoutant toutes les autres compétences qui pourraient être exigées par son poste.

artisans Kongo Gumi

En outre, les travailleurs de l’entreprise étaient organisés en kumi, groupes de travail qui se faisaient souvent concurrence pour prouver lequel produisait le meilleur travail.

Fait amusant, chaque 1er et 15e jours de chaque mois, les 120 menuisiers et autres employés de l’entreprise se réunissent pour une petite cérémonie de prière en mémoire du prince Shotoku grâce à qui tout avait alors commencé.

⚒️ De l’ère Showa à nos jours

Alors que le Japon commençait à adopter des éléments de la culture occidentale pendant l’ère Showa, la société a élargi son portefeuille pour inclure des bâtiments résidentiels et commerciaux ; elle a également commencé à combiner les nouvelles technologies avec les techniques traditionnelles de construction de temples.

La fin de l’entreprise millénaire Kongo Gumi en tant qu’entreprise familiale indépendante a été provoquée par la diminution à long terme des revenus des temples combinée à de lourds investissements immobiliers qui se sont fortement dévalués lorsque la bulle immobilière japonaise a éclaté dans les années 1990.

Respecter les délais modernes (personne aujourd’hui n’est prêt à attendre 15 ans pour la construction d’un temple) et la difficulté de trouver l’équilibre entre le respect de la tradition et les exigences de l’économie mondiale volatile ont aussi mi fin à l’indépendance de l’entreprise.

Bien que l’entreprise soit aujourd’hui sous le contrôle d’une société mère, son esprit est toujours vivant. Les membres de la famille et les employés continuent à construire et à entretenir des temples et pourraient bien le faire encore pendant des millénaires.

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Auteur/autrice : Louis Senpai

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