🇯🇵 Japon : quand les étrangers deviennent un enjeu politique

La coexistence ordonnée est devenue un mot-clé, révélateur des tensions mais aussi des opportunités que soulève la présence étrangère.

jp étrangers deviennent un enjeu politique

Le Japon, longtemps réputé pour son homogénéité culturelle et sociale, entre dans une nouvelle phase. Les étrangers n’y sont plus seulement perçus comme une force de travail temporaire ou des visiteurs appréciés pour leur pouvoir d’achat.

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Aujourd’hui, ils sont devenus un sujet politique à part entière, structurant discours, stratégies électorales et dispositifs administratifs. Ce changement profond se joue à la fois dans les chiffres, les perceptions et surtout dans les choix de gouvernance.

Une mutation silencieuse

Le tournant n’a pas été marqué par un slogan, mais par un organigramme. En juillet 2025, le gouvernement japonais crée une structure dédiée à la “coexistence ordonnée et harmonieuse avec les étrangers”. Un “control tower” stratégique, bientôt suivi par un “Ministerial Council”, signe clair que le sujet dépasse la gestion administrative : il devient central dans la fabrique politique du pays.

En janvier 2026, à l’approche d’élections anticipées, un paquet de mesures est finalisé. Ce n’est pas anodin. Cela montre que les étrangers ne sont plus considérés comme un simple paramètre économique, mais comme un enjeu électoral et identitaire.

Statistiquement minoritaires, mais politiquement centraux

Avec un peu plus de 3,21 % de résidents étrangers en 2025, le Japon reste bien en dessous des standards internationaux. Pourtant, cette minorité est devenue le miroir grossissant de plusieurs angoisses sociales : saturation urbaine, tensions sur le marché du travail, et sentiment diffus de perte de contrôle.

Ce contraste entre faible présence réelle et forte présence perçue est politiquement rentable. Peu d’électeurs ont une expérience directe de la cohabitation. Ce sont donc les récits, les images et les faits divers qui façonnent l’opinion publique.

Une politique de l’invité temporaire

Le Japon accepte le travail étranger, mais refuse encore d’embrasser l’idée d’“immigration”. Cela se traduit par un empilement de statuts temporaires, comme le Specified Skilled Worker (SSW) ou le visa “digital nomad”, et la suppression progressive de dispositifs critiqués, comme le TITP.

Ces choix construisent une figure de l’étranger utile mais contingent, intégré de manière superficielle, dépendant de son employeur, et rarement invité à devenir citoyen.

Tourisme, urbanité et montée des frictions

Avec un record de 36,86 millions de visiteurs en 2024, le tourisme est devenu une force économique majeure… mais aussi une source de tensions locales. Le yen faible et l’essor du tourisme de masse créent des scènes surmédiatisées : rues engorgées, incivilités, saturation des transports.

Les municipalités réagissent par des mesures fiscales et des restrictions, qui renforcent l’idée que l’étranger est une externalité à gérer, plus qu’un acteur à intégrer.

La sécurité : terrain glissant

La sécurité, pilier de l’identité japonaise, devient un levier politique puissant dès qu’elle semble menacée. Or, même si les étrangers représentent seulement 5,5 % des mis en cause par la police, les cas isolés suffisent à justifier des durcissements réglementaires : permis de conduire, accès aux services, restrictions pour les non-résidents.

Le climat se fabrique ainsi à coup de “petites mesures” qui, bout à bout, dessinent un traitement spécifique de la population étrangère.

Le nationalisme, un catalyseur

La percée du parti nationaliste Sanseito en juillet 2025 (14 sièges, 12,6 % des voix) a redéfini les équilibres. Son slogan “Japanese First” et son programme anti-immigration poussent les partis modérés à reprendre le contrôle du discours, non par le rejet, mais par la technocratie : création de comités, mise en scène de l’ordre, cartographie administrative de la présence étrangère.

La rhétorique change, mais le fond reste le même : ne pas paraître laxiste sur un thème devenu sensible.

L’envolée des prix immobiliers offre une nouvelle cible : l’acheteur étranger. Dès décembre 2025, l’État prévoit une obligation de déclaration pour les non-nationaux achetant un bien, même résidentiel. Dès 2026, la nationalité de l’acquéreur apparaît dans les registres.

Ce glissement vers une catégorisation juridique de l’étranger montre à quel point les données deviennent des instruments politiques, préparant des débats futurs.

Le cas emblématique des Kurdes de Kawaguchi

Dans la ville de Kawaguchi, une communauté kurde fait l’objet de tensions croissantes. Entre demandes d’asile, précarité et visibilité médiatique, elle devient un laboratoire politique. Ce microcosme offre un récit à forte valeur symbolique : ordre public, identité locale, immigration “non contrôlée”. Un exemple local… aux implications nationales.

Vers une intégration sous conditions

En janvier 2026, un panel d’experts recommande un programme d’intégration obligatoire : apprentissage du japonais, connaissance des règles et normes sociales. Ce qui pourrait sembler une ouverture se révèle être un instrument de tri : seuls ceux qui s’alignent sur les standards attendus pourront rester.

L’intégration cesse d’être une dynamique de rencontre pour devenir un processus de conformité, avec des critères fixés par le haut.

Ces facteurs créent un terrain fertile pour la politisation d’un sujet auparavant marginal. Le débat n’est pas “pour ou contre les étrangers”, mais quel type de présence l’État est prêt à institutionnaliser.

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Auteur/autrice : Louis Japon

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