🎬 Animation japonaise 2010 à 2026 : ce qui monte, ce qui descend (tags, plateformes, licences, films)

Pour comprendre l’animation japonaise de 2010 Ă  2026 sans tomber dans la nostalgie, il est utile de lire en multicouches !

Animation japonaise : ce qui monte, ce qui descend

Si vous avez le sentiment que l’anime « a changĂ© », vous avez raison, mais pas forcĂ©ment lĂ  oĂč on le croit. Entre 2010 et 2026, l’animation japonaise n’a pas tant mutĂ© en style qu’en interface. Le centre de gravitĂ© glisse de la grille TV et du Blu-ray premium vers des catalogues mondiaux triĂ©s par filtres, doublages, exclusivitĂ©s et recommandations…

LĂ  oĂč, hier, on disait « un mecha » ou « une romcom », aujourd’hui on cherche « fantasy + progression + rĂ©incarnation », ou « tranche de vie + dĂ©tente + cuisine ». Un anime devient une somme de tags : cette logique s’aligne parfaitement avec un marchĂ© qui grossit vite et loin : l’AJA attribue Ă  2024 un record Ă  3,8407 trillions de yens, tirĂ© par l’international, et une Ă©conomie oĂč la marchandisation pĂšse lourd, pendant que la diffusion en ligne continue de progresser.

La couche tags dĂ©crit le contenu tel qu’il est indexĂ©. Des bases publiques structurent les Ɠuvres par thĂšmes, Ă©lĂ©ments narratifs et tonalitĂ©s. AniList, par exemple, formalise ces tags comme des objets interrogeables : la taxonomie est puissante, mais communautaire, donc sensible aux modes et au vocabulaire.

La couche plateformes dĂ©crit la distribution telle qu’elle fabrique des rayons. Les plateformes rĂ©introduisent des genres marketing et des pages thĂ©matiques, qui valent comme signaux Ă©ditoriaux. Quand Crunchyroll met l’isekai en avant dans ses catĂ©gories, ce n’est pas une vĂ©ritĂ© ontologique, c’est une logique de vitrine.

2010 Ă  2014

La dĂ©cennie s’ouvre sur une production TV dĂ©jĂ  abondante, structurĂ©e par le late-night, les adaptations, les comitĂ©s de production. Le basculement majeur est l’industrialisation de la sĂ©rialitĂ© : saisons plus courtes, segmentation, multiplication des entrĂ©es.

Les tags dominants deviennent ceux qui promettent une proposition simple, immĂ©diatement lisible en miniature : school, club, romance, supernatural, battle, harem. Cette lisibilitĂ© devient la monnaie de la dĂ©cennie, parce qu’elle rĂ©sume vite, se vend vite, se recommande vite.

2015 Ă  2019

Au milieu des annĂ©es 2010, l’imaginaire « systĂšme » accĂ©lĂšre : stats, classes, quĂȘtes, loot, guildes, progression. Ce n’est pas seulement du fantasy, c’est du fantasy paramĂ©trĂ©. Il a un avantage dĂ©cisif : il explique ses rĂšgles Ă  l’écran, ce qui le rend sĂ©rialisable, doublable, exportable.

Dans le mĂȘme mouvement, le fantasy « longue durĂ©e » s’impose comme promesse de franchise. Le tag implicite n’est plus « aventure », c’est « monde capable de durer », donc de porter suites, spin-offs, films, jeux, produits.

En miroir, la SF originale Ă  haut risque se rarĂ©fie relativement. Elle n’est pas absente, mais elle a moins d’espace dans une Ă©conomie oĂč la lisibilitĂ©, la sĂ©rialitĂ© et l’IP pĂšsent plus lourd qu’un concept difficile Ă  pitcher en une ligne.

2020 Ă  2026

3 forces structurent la pĂ©riode : la consolidation du streaming anime, l’international comme moteur de croissance, et la marchandisation comme premiĂšre ligne de revenus.

CĂŽtĂ© plateformes, la consolidation est visible dans les dates et les fermetures. Funimation ferme son site le 2 avril 2024, dans la logique de fusion vers Crunchyroll. En francophonie, Wakanim cesse ses activitĂ©s le 3 novembre 2023. Et Crunchyroll devient un pĂŽle spĂ©cialisĂ© massif, avec plus de 17 millions d’abonnĂ©s payants au 31 mars 2025 selon Sony.

CĂŽtĂ© grand public, Netflix joue l’effet « banalisation mondiale ». En 2020, Netflix dĂ©clarait dĂ©jĂ  que plus de 100 millions de foyers avaient regardĂ© au moins un anime sur un an (octobre 2019 Ă  septembre 2020). En 2025, Netflix affirme que plus de 50% de ses membres dans le monde regardent de l’anime.

Si vous suivez particuliÚrement la maniÚre dont ces mouvements redessinent le paysage francophone, ce point de repÚre aide à situer les bascules de distribution : Crunchyroll et Anime Digital Network (ADN) se séparent.

Les tags qui montent

Le mot « isekai » devient parfois secondaire ; ce qui domine, c’est l’architecture : progression, rĂšgles, optimisation. Ce format aide Ă  sĂ©rialiser sans rĂ©inventer tout le dĂ©cor, Ă  doubler avec un dialogue explicatif, et Ă  dĂ©cliner en jeu et produits.

Dans la mĂȘme famille, l’otome isekai et le motif « villainess » montent en puissance : monde fictionnel connu, hĂ©roĂŻne rĂ©incarnĂ©e, lecture mĂ©ta des tropes, intrigue sociale. Les tags associĂ©s ressemblent Ă  une montĂ©e conjointe de reincarnation, politics, court intrigue, female protagonist, romance, ce qui en fait une mĂ©canique aussi indexable qu’efficace.

ParallĂšlement, deux pĂŽles cohabitent sans se contredire. D’un cĂŽtĂ©, une demande mondiale pour des rĂ©cits Ă  intensitĂ© Ă©motionnelle et violence stylisĂ©e, souvent rangĂ©s sous dark fantasy. De l’autre, une hausse de l’anti-spectacle : iyashikei, slice of life, food, camping, slow life, comme antidote et comme contenu de rĂ©tention douce.

Enfin, les formats deviennent eux-mĂȘmes des tags industriels : ONA, streaming original, batch release, parce que l’objet est conçu pour l’interface, pas seulement pour la narration.

Les tags qui décroissent

Le Blu-ray recule structurellement comme arbitre unique, mĂȘme si des niches restent fortes. Dans l’ensemble, cela rĂ©duit le poids relatif de certains micro-tags historiquement dopĂ©s par l’achat premium.

Le long-running hebdomadaire reste vivant, mais il n’est plus la norme centrale de la dĂ©couverte. La saison courte est plus lisible en streaming, plus simple Ă  doubler, plus compatible avec l’évĂ©nementialisation.

Le mecha ne s’effondre pas : il se replie en IP, ce qui change la visibilitĂ© saisonniĂšre sans annuler l’exploitation. La preuve la plus froide est Ă©conomique : Bandai Namco indique que Mobile Suit Gundam passe de 115,7 Ă  153,5 milliards de yens sur deux exercices, signe d’une puissance de franchise plus que d’une domination « de saison ».

Licences et films

Vous le sentez souvent avant de pouvoir le nommer : certaines licences deviennent des autoroutes, d’autres cessent d’ĂȘtre des locomotives. Et les films, eux, changent de fonction : moins « bonus pour fans », plus « Ă©vĂ©nement global » ou « chapitre canon ».

Les licences qui montent

Le bloc le plus visible, c’est la franchise pensĂ©e comme machine internationale, capable de porter sĂ©rie, film, produits, jeux, collaborations, et d’occuper l’espace social. Demon Slayer en est l’exemple absolu : Mugen Train atteint 486,5 millions de dollars au box-office mondial selon Box Office Mojo, et le film Infinity Castle (sorti le 18 juillet 2025 au Japon, puis le 12 septembre 2025 en AmĂ©rique du Nord) ouvre Ă  environ 70 millions de dollars en AmĂ©rique du Nord, avant de grimper Ă  732,2 millions de dollars mondiaux sur Box Office Mojo. Cette trajectoire n’est pas seulement un succĂšs artistique ou populaire, c’est un signal de « Big Anime », au mĂȘme titre qu’un blockbuster hollywoodien, mais avec sa propre chaĂźne de valeur.

Dans la mĂȘme logique de licences qui structurent la conversation mondiale, on trouve Jujutsu Kaisen, dont le film Jujutsu Kaisen 0 s’impose comme un point d’entrĂ©e Ă©vĂ©nementiel, et des franchises capables de relier cinĂ©ma, streaming et produits.

On voit aussi monter les licences « grand public transversales », qui se recommandent facilement hors culture anime, souvent grùce à un concept clair et une tonalité accessible. Spy x Family en est un bon thermomÚtre : Code: White dépasse les 59,6 millions de dollars mondiaux sur Box Office Mojo.

Enfin, certaines licences anciennes ne « montent » pas parce qu’elles naissent, mais parce qu’elles se rĂ©activent au bon moment, avec une vitrine mondiale et des Ă©vĂ©nements cinĂ©ma. One Piece, par exemple, profite Ă  la fois de la dynamique franchise et des fenĂȘtres internationales de distribution, notamment via l’évĂ©nement Film Red.

Les licences qui se tassent

Ici, il faut ĂȘtre prĂ©cis : « dĂ©croĂźtre » veut rarement dire « disparaĂźtre ». Cela signifie plutĂŽt perdre un rĂŽle de locomotive dans un environnement oĂč l’interface favorise la lisibilitĂ©, la saisonnalitĂ©, la franchise.

Les licences trĂšs marquĂ©es « dĂ©but 2010 », souvent liĂ©es Ă  une Ă©conomie Blu-ray premium et Ă  des niches ultra solvables, pĂšsent moins relativement dans un marchĂ© devenu plus large et plus mondialisĂ©. De mĂȘme, certaines franchises d’action ou de fantasy qui dominaient l’algorithme au milieu des annĂ©es 2010 restent prĂ©sentes, mais elles partagent dĂ©sormais la vitrine avec des machines plus rĂ©centes, plus Ă©vĂ©nementialisĂ©es, ou mieux alignĂ©es sur la logique catalogue mondiale et sur le doublage comme standard.

Le mecha et l’idol illustrent un autre type de tassement : moins de domination « de saison » pour de nouvelles propositions, plus d’exploitation continue via IP, anniversaires, jeux, modĂšles, concerts et transmedia. Ce n’est pas une baisse d’existence, c’est une baisse de centralitĂ© saisonniĂšre.

Les films qui montent

Ce qui monte le plus fort, c’est le film comme chapitre canon d’une sĂ©rie, ou comme arc majeur transformĂ© en Ă©vĂ©nement mondial. Demon Slayer Infinity Castle en est la dĂ©monstration industrielle, avec un lancement nord-amĂ©ricain record et une performance mondiale massive.

Le deuxiĂšme moteur, c’est le film franchise qui sert de point d’entrĂ©e international, en salle puis en plateforme. Haikyu!! The Dumpster Battle franchit environ 100,1 millions de dollars de recettes selon WikipĂ©dia, et s’inscrit dans cette logique d’évĂ©nement qui densifie une franchise dĂ©jĂ  connue.

Le troisiĂšme moteur, c’est le film auteur capable de devenir blockbuster mondial, surtout quand il est portĂ© par un nom immĂ©diatement lisible Ă  l’international. Suzume atteint 314,99 millions de dollars selon The Numbers. The Boy and the Heron est crĂ©ditĂ© de 283,5 millions de dollars mondiaux sur IMDb, avec en prime un impact de prestige Ă©norme.

Les films qui décroissent

Ce qui dĂ©croĂźt surtout, ce n’est pas « le film anime » en gĂ©nĂ©ral, c’est l’espace accordĂ© aux films originaux de milieu de gamme sans IP prĂ©alable, qui doivent lutter pour exister dans une Ă©conomie d’évĂ©nements, de franchises et de vitrines mondiales.

Autre tassement clair : le direct-to-video et l’OVA comme modĂšle central. Ils existent encore, mais ils ne sont plus l’épine dorsale de la monĂ©tisation. À l’ùre du streaming, l’évĂ©nement se dĂ©place vers le cinĂ©ma mondial ou vers la saison livrĂ©e Ă  l’interface, et ce qui ne peut pas ĂȘtre rendu visible par le catalogue devient mĂ©caniquement plus fragile.

Pour relier ça Ă  votre expĂ©rience de spectateur, Netflix est un bon rĂ©vĂ©lateur de « ce qui remonte Ă  la surface » quand l’anime est mĂ©langĂ© au reste du monde : Les meilleurs anime disponibles sur Netflix.

Plateformes : ce qu’elles font aux licences et aux films

Crunchyroll amplifie les tags et les licences qui performent déjà chez les fans, en spécialisant la vitrine, en consolidant les catalogues, et en multipliant la logique événement, y compris au cinéma.

Netflix, lui, normalise l’anime comme contenu de masse, avec un argument simple : plus de 50% de ses membres regardent de l’anime, et le doublage devient un standard et pas un supplĂ©ment.

Disney+ joue plutĂŽt la sĂ©lection et l’évĂ©nement, avec une communication explicite autour d’une ardoise japonaise incluant anime.

Et si vous voulez garder une vue « macro » sur ce que cela change dans la popularité et la perception au Japon, ce détour peut compléter votre lecture : Quelle est la popularité des anime au Japon ?.

Ce qui monte, c’est ce qui s’indexe bien

Entre 2010 et 2026, l’anime devient moins un territoire de genres qu’un espace de combinaisons. Les plateformes imposent des unitĂ©s de description, et les gagnants sont ceux qui compressent une promesse narrative, se traduisent sans trop de perte, se sĂ©rialisent Ă  coĂ»t maĂźtrisĂ©, et se branchent sur une Ă©conomie de franchise, avec la marchandisation en premiĂšre ligne selon l’AJA.

Ce qui « monte » n’est donc pas seulement ce qui plaĂźt. C’est ce qui se retrouve, se recommande, se double, se vend, se dĂ©cline, et parfois se projette en salle comme un Ă©vĂ©nement mondial.

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Auteur/autrice : Louis Japon

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