đŸ‡ŻđŸ‡” L’administration japonaise dĂ©cide que la religion n’excuse plus tout

Dans certains pays on n’ose pas agir “parce que c’est religieux”, vous verrez tout de suite ce qui est en train de changer au Japon.

Japon dĂ©cide que la religion n’excuse plus tout

Le ministĂšre japonais de la SantĂ©, du Travail et des Affaires sociales a publiĂ© rĂ©cemment un Q&A sur la maltraitance d’enfants en contexte religieux et qui dit en substance : si une pratique “religieuse” produit les mĂȘmes dommages qu’une maltraitance, elle doit ĂȘtre traitĂ©e comme une maltraitance.

Donc quand les critĂšres de la maltraitance sont rĂ©unis, la libertĂ© de religion ne suspend pas l’intervention.

Le tri n’est plus “foi ou pas foi”: c’est “faits et effets”

Avant toutes choses, si vous voulez replacer ce sujet dans une histoire plus large des rapports entre croyances et pouvoir au Japon, vous pouvez lire aussi Religion et politique au Japon : l’alliance discrùte mais persistante.

Le texte ne demande pas aux agents de juger une croyance. Il leur demande d’observer des faits, puis de les classer dans des catĂ©gories dĂ©jĂ  reconnues : violence physique, violence psychologique, nĂ©gligence, abus sexuel.

C’est prĂ©cisĂ©ment ça, le geste politique. Le dĂ©bat n’est plus “respecter la religion” contre “s’opposer Ă  la religion”. Le dĂ©bat devient une procĂ©dure froide, presque inconfortable : qu’est-ce qui arrive Ă  l’enfant, concrĂštement, et quel risque cela produit ici et maintenant.

Pour vous, lecteur, la question se rĂ©sume peut-ĂȘtre Ă  une phrase simple : Ă  partir de quand une pratique sacrĂ©e devient-elle une technique de domination ?

Pour ce faire le document descend dans le quotidien, lĂ  oĂč l’emprise se fabrique souvent sans bruit. Et il finit par nommer ce que l’on contourne d’habitude par pudeur, par crainte d’accuser, ou par rĂ©flexe de relativisme.

Quand “participer” veut dire “subir”

Le Q&A vise explicitement des scĂšnes que vous reconnaĂźtriez ailleurs comme de la violence : participation imposĂ©e par chĂątiments corporels, coups pendant un rituel, mouvements ou postures forcĂ©s pendant longtemps, activitĂ©s prolongĂ©es jusqu’à tard dans la nuit.

Le point n’est pas de dire que le rite est “bon” ou “mauvais”. Le point est plus net : si l’on condamnerait ces gestes hors du cadre religieux, on les condamne aussi dedans.

Quand la peur, la honte et l’isolement deviennent un environnement

Le volet psychologique est le plus rĂ©vĂ©lateur, parce qu’il touche Ă  ce qui ne laisse pas toujours de traces visibles. Le texte dĂ©crit l’intimidation, les menaces, le harcĂšlement, l’entrave Ă  la dĂ©cision libre.

Et il va plus loin avec l’isolement : diaboliser les amis, restreindre les frĂ©quentations, interdire les loisirs, jusqu’à l’interdiction totale de contes, anime, manga ou jeux, avec parfois une seule exception, ce que le groupe autorise.

2 exemples rĂ©sument bien la logique de “dommage social” que l’État commence Ă  mesurer : obliger un enfant Ă  dĂ©clarer sa religion devant d’autres, ou le forcer Ă  porter des signes visibles qui l’exposent au regard, au rejet, au harcĂšlement.

Quand la doctrine rĂ©trĂ©cit l’avenir

Le document traite aussi ce que beaucoup de politiques publiques oublient : la maltraitance n’est pas seulement ce qui blesse, c’est aussi ce qui ferme des portes.

EmpĂȘcher un enfant d’aller au lycĂ©e pour des raisons doctrinales, dissuader ou interdire des Ă©tudes, limiter orientation et emploi par menaces ou sanctions silencieuses : ce sont des situations explicitement citĂ©es.

Sur ce terrain, ça vaut le dĂ©tour de relire, en parallĂšle, ce que dit le cadre Ă©ducatif lui-mĂȘme, par exemple dans Japon : Loi fondamentale sur l’éducation actuelle.

Quand l’argent et la santĂ© basculent du “choix” au “danger”

Autre zone sensible : l’argent. Le texte vise les dĂ©penses religieuses qui dĂ©gradent concrĂštement la vie de l’enfant, en empĂȘchant un logement correct, une alimentation suffisante, des vĂȘtements adaptĂ©s, ou une scolaritĂ© stable.

MĂȘme frontalitĂ© cĂŽtĂ© santĂ© : ne pas consulter, refuser un soin jugĂ© nĂ©cessaire par un mĂ©decin, y compris des actes prĂ©cis comme une transfusion, n’est pas traitĂ© comme une “diffĂ©rence de croyance” mais comme un risque Ă  neutraliser.

La phrase la plus importante

Le document contient un avertissement qui change tout sur le terrain : certains enfants, sous emprise, peuvent ne pas formuler qu’ils subissent un tort, parce que leur univers moral le normalise.

Donc l’évaluation doit ĂȘtre objective, adossĂ©e Ă  la dĂ©finition lĂ©gale de la maltraitance, pas Ă  la maniĂšre dont l’enfant a appris Ă  raconter sa propre vie.

Et surtout, le texte bascule vers l’opĂ©rationnel : si intervenir risque d’aggraver les violences ou d’augmenter la pression, la sĂ©curitĂ© prime et la mise Ă  l’abri doit ĂȘtre envisagĂ©e quand elle est nĂ©cessaire.

On comprend alors l’intuition profonde du Japon ici : une rĂšgle n’est utile que si une sortie existe rĂ©ellement.

Pourquoi maintenant

Depuis quelques annĂ©es, un terme s’est installĂ© dans l’espace public japonais pour parler des enfants Ă©levĂ©s dans des environnements religieux fortement contraignants, la “seconde gĂ©nĂ©ration”.

Le sujet a cessĂ© d’ĂȘtre une suite d’histoires individuelles. Il devient un problĂšme institutionnel : comment protĂ©ger l’enfance quand le dommage naĂźt dans le privĂ©, et se justifie par le sacrĂ© ?

Ce Q&A ressemble Ă  une rĂ©ponse administrative. Mais ce qu’il rend possible, c’est une responsabilitĂ© assumĂ©e : intervenir lĂ  oĂč, longtemps, on s’abstenait.

Le contre-choc

Ce type de politique a toujours un risque miroir : au lieu de viser des comportements, elle peut finir par fabriquer une catĂ©gorie implicite de religions “à problĂšme”.

Le 1er octobre 2025, des experts des Nations unies alertent précisément sur ce danger : des supports distribués à des enfants au Japon risqueraient de confondre pratiques religieuses légitimes et maltraitance, et de nourrir intimidation, stigmatisation, harcÚlement. Ils citent une suspicion particuliÚre visant certaines pratiques associées aux Témoins de Jéhovah.

Autrement dit, la ligne de crĂȘte est lĂ , et vous la sentez aussi : protĂ©ger sans discriminer, intervenir sans moraliser, viser des faits sans criminaliser des identitĂ©s.

L’Église de l’Unification et la polarisation

Impossible de dĂ©tacher cette sĂ©quence d’un climat plus large oĂč “religion”, “dommage” et “politique” sont devenus des mots inflammables.

Fin mars 2025, un tribunal de Tokyo ordonne la dissolution de la branche japonaise de l’Église de l’Unification, au sens du retrait du statut juridique, avec une procĂ©dure qui se poursuit en appel.

Ce contexte amplifie tout : dĂšs que l’État parle de “prĂ©judice” en contexte religieux, chaque phrase est scrutĂ©e, chaque exemple est soupçonnĂ© d’avoir une cible.

Pour comprendre pourquoi cette affaire a agi comme catalyseur dans l’opinion, vous pouvez aussi lire Assassinat de Shinzo Abe : la secte Moon en question.

Le dommage prime aujourd’hui sur l’étiquette : un acte ne devient pas moins grave parce qu’il est religieux. De plus la maltraitance peut ĂȘtre cumulative : des micro-contraintes rĂ©pĂ©tĂ©es, surtout quand elles organisent l’isolement et la peur, finissent par produire un systĂšme abusif. Et il faut une sortie praticable : mise Ă  l’abri, relais sociaux, accompagnement vers l’autonomie, y compris quand l’emprise dĂ©passe la majoritĂ© lĂ©gale.

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Auteur/autrice : Louis Japon

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