Que dit la loi japonaise ? Pourquoi le cas Miyazaki est-il si emblématique ? Et surtout, quelles réponses les artistes peuvent-ils apporter ?

Lâaffaire a fait lâeffet dâun raz-de-marĂ©e : en quelques jours Ă peine, les rĂ©seaux sociaux ont Ă©tĂ© envahis dâimages gĂ©nĂ©rĂ©es par intelligence artificielle, reprenant avec une fidĂ©litĂ© troublante lâesthĂ©tique si poĂ©tique des films du studio Ghibli.
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Ce qui aurait pu ĂȘtre perçu comme un hommage sincĂšre sâest transformĂ© en une source de polĂ©mique. Au centre de la tourmente : Hayao Miyazaki, le maĂźtre incontestĂ© de lâanimation japonaise, trahi par une technologie quâil a toujours rejetĂ©e.
Ce qui rend cette situation si amĂšre, câest lâironie cruelle au cĆur du progrĂšs technologique. LâIA, pour Ă©merveiller, doit dâabord puiser dans lâhumain. Elle se nourrit de lâimaginaire de Miyazaki, de sa poĂ©sie, de son trait. Mais Ă force de puiser sans limites, elle menace de tarir la source.
La lĂ©gislation japonaise, bien que permissive dans son approche de lâapprentissage machine, nâest pas totalement laxiste. Elle offre des marges de contestation, notamment en cas de gĂ©nĂ©ration de contenus trop proches de lâoriginal.
Et câest dans ces zones grises que les artistes doivent aujourdâhui se battre pour que leur voix, humaine, reste entendue au milieu du vacarme algorithmique !
đȘ Une vague virale⊠et un malaise artistique
Tout a commencĂ© avec une dĂ©monstration impressionnante de GPT-4o, capable de styliser des images selon des univers visuels bien dĂ©finis. Parmi eux : celui des films Ghibli, immĂ©diatement reconnaissable. En quelques clics, des photos banales devenaient dignes de Mon voisin Totoro, de Princesse MononokĂ© ou encore du Voyage de Chihiro. Les internautes sâen sont donnĂ© Ă cĆur joie, partageant des portraits âghiblifiĂ©sâ par milliers.
Mais trĂšs vite, une gĂȘne sâest installĂ©e. Car derriĂšre lâenchantement visuel se cache un profond irrespect. Hayao Miyazaki, figure respectĂ©e pour son rejet des outils numĂ©riques, qualifiait dĂ©jĂ lâart gĂ©nĂ©rĂ© par IA dâ« insulte Ă la vie elle-mĂȘme ».
Voir son style utilisĂ© sans son consentement, dans une mĂ©canique froide et automatisĂ©e, relĂšve pour beaucoup dâun dĂ©tournement pur et simple de son langage artistique.
âïž Le droit dâauteur au Japon : entre ouverture et zones floues
La particularitĂ© de cette affaire, câest quâelle se heurte Ă une lĂ©gislation japonaise assez singuliĂšre. Le document officiel publiĂ© en mai 2023 par lâAgence des affaires culturelles distingue clairement deux phases dans le fonctionnement de lâIA :
- Phase dâapprentissage : lâIA peut, sans autorisation prĂ©alable, utiliser des Ćuvres protĂ©gĂ©es, tant que ce nâest pas pour en reproduire les Ă©motions ou les intentions.
- Phase de gĂ©nĂ©ration : en revanche, dĂšs que lâIA produit du contenu basĂ© sur ces Ćuvres, cela peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une violation, sauf exceptions trĂšs prĂ©cises (comme lâusage privĂ©).
Ce cadre ouvre la porte Ă une certaine tolĂ©rance lors de la formation des IA⊠mais montre ses limites dĂšs que lâoutil devient crĂ©ateur.
đ Lâarticle 30-4 : tolĂ©rance ou faille juridique ?
Le nĆud du dĂ©bat se cristallise autour de lâarticle 30-4 de la loi japonaise sur le droit dâauteur. Introduit en 2018, il autorise lâutilisation dâĆuvres protĂ©gĂ©es pour lâanalyse dâinformations, mĂȘme Ă des fins commerciales. Ce qui choque, câest que cette autorisation peut sâappliquer mĂȘme si les contenus ont Ă©tĂ© obtenus illĂ©galement.
Mais attention lâexception ne sâapplique pas si :
- Lâutilisation cause un prĂ©judice injustifiĂ© aux auteurs
- Elle sert Ă ressentir ou imiter les Ă©motions vĂ©hiculĂ©es par lâĆuvre originale
- Lâobjectif est de crĂ©er du contenu « similaire » Ă lâoriginal
đ Le paradoxe Miyazaki : quand lâoriginalitĂ© attire la copie
Le cas Miyazaki illustre un paradoxe cruel : plus un artiste est talentueux et singulier, plus il devient vulnĂ©rable Ă la reproduction automatisĂ©e. Son style, si aisĂ©ment identifiable, en devient une cible de choix pour les intelligences artificielles cherchant Ă crĂ©er de « lâĂ©motion gĂ©nĂ©rique ».
Des chercheurs japonais eux-mĂȘmes tirent la sonnette dâalarme : laisser les IA sâentraĂźner sur des Ćuvres sans cadre clair pourrait non seulement mener Ă des violations du droit dâauteur, mais aussi Ă des consĂ©quences Ă©conomiques et Ă©thiques graves : perte dâemplois, dĂ©sinformation, exploitation abusive de donnĂ©es culturelles.
đ Et au-delĂ du Japon ? La complexitĂ© des frontiĂšres numĂ©riques
Un autre problĂšme majeur est celui de lâextraterritorialitĂ©. Le Japon peut encadrer lâusage des Ćuvres sur son sol, mais quâen est-il des serveurs Ă lâĂ©tranger ? Si un gĂ©ant de la tech amĂ©ricain entraĂźne son IA avec des donnĂ©es stockĂ©es hors du Japon, il Ă©chappe en grande partie au cadre de lâarticle 30-4.
RĂ©sultat : mĂȘme si les utilisateurs finaux sont japonais, les producteurs de contenu gĂ©nĂ©ratif peuvent contourner la lĂ©gislation locale, ce qui fragilise encore plus la position des artistes nippons.
Et vous, que pensez-vous de cette appropriation du style Miyazaki par lâIA ? Est-ce un hommage technologique ou une trahison ?
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