Comparons “le film d’animation n°1” au Japon et “le film n°1” en France de 2019 à 2025 !

Ce n’est pas seulement une question de goûts, c’est une question d’infrastructure culturelle. D’un côté, un marché où l’animation est une candidate naturelle au sommet du box office national, portée par des franchises qui reviennent comme des rendez-vous.
De l’autre, un pays où l’animation japonaise est devenue grand public, mais où ses pics de popularité cohabitent avec un autre Japon, celui du cinéma d’auteur, des festivals et d’une critique très prescriptrice.
Et c’est exactement ce que raconte la chronologie qui suit, sans forcer le trait.
| Année | Japon : n°1 films japonais | Recettes JP (Md ¥) | France : n°1 films japonais | Entrées FR |
|---|---|---|---|---|
| 2019 | Weathering With You | 14,06 | Dragon Ball Super: Broly | 561 924 |
| 2020 | Demon Slayer: Mugen Train | 36,55 | Les Enfants du temps | 228 006 |
| 2021 | Evangelion: 3.0+1.01 | 10,28 | Demon Slayer: Mugen Train | 727 889 |
| 2022 | ONE PIECE FILM RED | 19,70 | ONE PIECE FILM RED | 972 972 |
| 2023 | THE FIRST SLAM DUNK | 15,87 | Le Garçon et le Héron | 1 592 840 |
| 2024 | Detective Conan: The Million-Dollar Pentagram | 15,80 | Le Mal n’existe pas | env. 200 000 |
| 2025 | Demon Slayer: Infinity Castle – Part 1 | 39,1 | / | / |
2019 à 2021
En 2019, le Japon place Weathering With You en tête, tandis que la France sacre Dragon Ball Super: Broly côté entrées. On voit déjà un schéma récurrent : au Japon, une dynamique nationale qui peut couronner un film d’animation comme un phénomène de masse domestique, et en France, une logique d’événement portée par la puissance d’une franchise déjà installée.
En 2020, l’écart se rend visible à l’œil nu. Le Japon vit l’année Demon Slayer: Mugen Train comme un séisme de box office, pendant que la France met en avant Les Enfants du temps. Autrement dit, vous pouvez avoir un raz de marée d’un côté et, de l’autre, un succès plus segmenté, plus “programmation”, plus dépendant des fenêtres de sortie et de la concurrence culturelle du moment.
En 2021, le Japon couronne Evangelion: 3.0+1.01 et la France place Mugen Train en tête des films japonais en entrées. C’est un bon rappel : la synchronisation parfaite est rare, mais les titres finissent parfois par “se retrouver” à un ou deux ans d’écart, selon la circulation internationale et la manière dont chaque marché fabrique l’événement.
2022
2022, c’est le cas d’école. ONE PIECE FILM RED est n°1 au Japon et aussi n°1 en France parmi les films japonais. Quand ça arrive, ce n’est pas juste un alignement des planètes, c’est un moment où la franchise réussit à jouer le même rôle des deux côtés : un événement ciné grand public, pas seulement un objet pour fans.
2023
2023 est fascinante parce qu’elle dit quelque chose de très français : l’“auteurisation” de l’anime au sommet. Le Japon met THE FIRST SLAM DUNK n°1, pendant que la France place Le Garçon et le Héron n°1 en entrées parmi les films japonais, et à une échelle qui ressemble à un film événement généraliste.
C’est là que la comparaison devient intime, presque personnelle : si vous avez découvert des anime au cinéma via des grandes licences, 2023 vous rappelle qu’un film de Miyazaki peut déplacer des publics très au-delà du cercle anime habituel.
2024
En 2024, le Japon couronne Detective Conan: The Million-Dollar Pentagram. Ce que raconte ce choix, c’est la sérialité industrielle comme moteur de leadership : un rituel annuel, une base fan massive, un calendrier qui transforme chaque sortie en rendez-vous.
En France, c’est l’année du “double Japon” au sommet. Le n°1 des films japonais n’est pas un animé (Le Mal n’existe pas), tandis que le n°1 anime japonais reste puissant (SPY x FAMILY CODE: White). Dit autrement, l’animation japonaise ne disparaît pas, mais le leadership global, cette année-là, bascule vers l’auteur.
2025
Pour 2025, le Japon affiche un ordre de grandeur “catégorie à part” avec Demon Slayer: Infinity Castle – Part 1 et une recette annoncée très au-dessus des années précédentes.

Côté France, l’absence d’un bilan annuel agrégé unique dans votre synthèse ici n’est pas un détail, c’est un symptôme : la consolidation des chiffres et la manière de “raconter l’année” ne sont pas structurées de la même façon, ce qui rend la comparaison mécanique plus fragile… et, paradoxalement, encore plus instructive.
Comprendre les différences : 3 écarts
Le Japon traite l’anime comme un modèle production distribution : des calendriers fixes, des films “saisonniers”, une promotion déjà amortie par la série, et un box office domestique où l’animation est mécaniquement une candidate au n°1.
La France, elle, fait gagner l’anime par pics. Quand l’objet devient un événement, Miyazaki, une franchise géante, une sortie très “moment”, il monte très haut. Le reste du temps, le marché est plus fragmenté, entre multiplexes, séances événement, communautés très solvables mais dispersées, et une concurrence culturelle plus hétérogène.
Et c’est pour ça qu’un même titre ne joue pas le même rôle : Demon Slayer est au Japon une machine à records, tandis qu’en France il reste un blockbuster fort, mais inséré dans un paysage où l’attention et la légitimité se distribuent autrement.
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