Avant de nous jeter dans la plongée existentielle que promet le maßtre du jeu narratif : petit retour sur Death Stranding premier du nom.

Ăa y est, les fans dâHideo Kojima ont dĂ©jĂ les yeux rivĂ©s sur Death Stranding 2 : On the Beach !
Et Death Stranding 1er du nom c’Ă©tait une expĂ©rience sans comparaison : entre ses mĂ©caniques de livraison hallucinantes, ses thĂ©matiques philosophiques pas piquĂ©es des hannetons et un casting AAA incarnĂ© par Norman Reedus, Mads Mikkelsen et LĂ©a Seydoux, cette premiĂšre odyssĂ©e a mis un sacrĂ© coup de pied dans la fourmiliĂšre vidĂ©oludique.
Avec Death Stranding, Kojima nâa pas simplement pondu un âjeuâ. Il a offert un manifeste philosophique, un trip sensoriel, un OVNI qui fusionne game design expĂ©rimentat, grande fresque audiovisuelle et reflexive. Avant de vous lancer dans la suite, il est donc vivement recommandĂ© de revisiter cette premiĂšre virĂ©e entre vie et mort, entre espoir et fatalitĂ©.
On recharge donc nos batteries, on chausse nos bottes high-tech et on repart pour un tour Ă travers un monde oĂč les frontiĂšres entre la vie et la mort nâont jamais Ă©tĂ© aussi floues !
LâĂre du Death Stranding : le jour oĂč tout est parti en vrille
La rupture cosmique (vraiment) originelle
Ici, on ne parle pas juste de gros cataclysme random, mais dâun Ă©vĂ©nement qui bouleverse la nature mĂȘme de la rĂ©alitĂ© : le Death Stranding. En un claquement de doigts â ou plutĂŽt une collision entre matiĂšre et antimatiĂšre chirale â le monde sâest scindĂ©, provoquant des Voidouts, ces explosions cheloues qui vaporisent tout sur des kilomĂštres. Ajoutez à ça les fameuses averses de Timefall qui accĂ©lĂšrent le vieillissement de tout ce qui vit (ou presque), et vous obtenez des paysages Ă la fois sublimes et terrifiants, oĂč la nature fait du fast-forward de façon incontrĂŽlĂ©e.
Les derniers humains encore debout se terrent dans des citĂ©s-relais hyper sĂ©curisĂ©es, tandis que dâautres, plus solitaires (les fameux preppers), prĂ©fĂšrent le mode âsurvie en sous-solâ. Cela pose direct la question : doit-on se serrer les coudes pour rebĂątir ensemble ou jouer la carte de lâisolement total ? Un dilemme dâautant plus pesant que les ĂchouĂ©s â ces Ăąmes errantes collĂ©es entre deux mondes â rĂŽdent en permanence pour nous rappeler que la frontiĂšre entre la vie et la mort est dĂ©sormais un colosse aux pieds dâargile.
La révolution du Réseau Chiral
Heureusement, Bridges a sorti la carte âconnexion 5G +++â en dĂ©ployant le RĂ©seau Chiral, un systĂšme de communication quantique fonctionnant grĂące au chiralium. Ce rĂ©seau unifie les citĂ©s-relais et permet la transmission instantanĂ©e des donnĂ©es, ce qui ne manque pas dâĂ©voquer nos propres dĂ©fis IRL pour crĂ©er un Internet mondial, toujours plus rapide, toujours plus vaste. Dans Death Stranding, câest Sam Porter Bridges qui se coltine le boulot de facteur galactique, installant ce RĂ©seau Chiral Ă travers le continent comme un marathonien de lâextrĂȘme.
Petite subtilitĂ©, les Q-pidons â ces jolis pendentifs mĂ©ga high-tech â ne sont pas quâun accessoire stylĂ©. En plus dâĂȘtre une clĂ© vers le Beach (cet entre-deux flippant entre la vie et la mort), ils symbolisent aussi le potentiel dĂ©rapage de la technologie : quand la connexion se retourne contre nous et quâune avancĂ©e chirale peut devenir un poison existentiel. Tout ça sous lâĂ©gide de Bridget Strand, la prĂ©sidente mythique dont les intentions se rĂ©vĂšlent nettement plus tordues que prĂ©vu.
Portraits de famille (pas) trÚs équilibrés
Sam Porter Bridges, héros malgré lui
On pourrait sâattendre Ă lâĂ©ternel soldat increvable, mais Kojima nous livre un protagoniste un brin plus cassĂ© que la moyenne. Sam est dotĂ© du DOOMS, lui permettant de sentir la prĂ©sence des ĂchouĂ©s, et il porte un passĂ© personnel lourd comme un container XL. Sa relation quasi filiale avec BB-28 (son Bridge Baby) est un pilier du jeu : calmer les pleurs du bĂ©bĂ© en secouant dĂ©licatement sa capsule, ça nâa lâair de rien, mais câest un vrai lien Ă©motionnel qui se tisse. Et que dire de sa capacitĂ© de RapatriĂ©, qui le fait revenir Ă la vie aprĂšs chaque mort ? Ăa fait trĂšs âChrist nouvelle gĂ©nĂ©rationâ qui traĂźnerait ses propres dĂ©mons dans des limbes franchement bizarroĂŻdes.
Clifford Unger, ou le pĂšre qui hante vos cauchemars
IncarnĂ© par lâinĂ©narrable Mads Mikkelsen, Clifford Unger est le soldat qui ne meurt jamais vraiment. PiĂ©gĂ© dans une boucle temporelle sur diffĂ©rents champs de bataille historiques, il nous apparaĂźt sous forme de combats oniriques, toujours flanquĂ©s de ses zombies-soldats. On apprend au fil de lâaventure quâil est liĂ© par le sang Ă Sam â oui, un twist familial qui retourne le cerveau. Avec Cliff, chaque fusillade au fond dâun Beach apocalyptique devient une plongĂ©e dans la mĂ©moire collective des guerres de lâhumanitĂ©.
Amelie/Bridget Strand, ou la schizophrénie cosmique
Dâun cĂŽtĂ©, Bridget, la prĂ©sidente malade. De lâautre, Amelie, sa âfilleâ en apparence, enlevĂ©e et introuvable. La vĂ©ritĂ© ? Il sâagit dâune seule et mĂȘme personne, scindĂ©e en deux par le Death Stranding originel. Bridget/Amelie est lâagent dâextinction par excellence, censĂ© dĂ©clencher la SixiĂšme Extinction de Masse. Kojima pousse ici la notion dâautorĂ©gulation planĂ©taire un cran plus loin, Ă©voquant directement les thĂ©ories GaĂŻa de James Lovelock.
Quand le gameplay dit (aussi) quelque chose sur la vie
La logistique, câest la vie
Le cĆur de Death Stranding, câest transporter des paquets Ă dos dâhomme (ou de moto, voire de camion), le tout dans des zones infestĂ©es dâĂchouĂ©s et balayĂ©es par le Timefall. Dit comme ça, ça a lâair dâune corvĂ©e. Mais en pratique, câest un vrai trip philosophique. On empile nos caisses, on vĂ©rifie le poids total, on scrute les pentes abruptes sur la carte⊠Chaque livraison devient un petit exploit, un acte de rĂ©sistance face Ă lâentropie.
Cerise sur le gĂąteau, le jeu encourage la coopĂ©ration en ligne : on peut construire des routes, des tyroliennes ou des abris que les autres joueurs utiliseront. On like, on partage, on sâentraide. En clair, on se reconnecte dans un monde oĂč lâisolation se pose comme alternative.
BB-28 : émotion + gameplay = révolution
Le BB, câest un dĂ©tecteur dâĂchouĂ©s qui a, mine de rien, une importance dramatique dans lâhistoire : câest le bĂ©bĂ© de Cliff, âcouvĂ©â dans une capsule. Ce petit ĂȘtre fragile ne fait pas juste biper quand un monstre approche, il faut aussi le cajoler, le bercer. Death Stranding nous force ainsi Ă prendre soin de ce partenaire inattendu. Et le twist final (coucou, Lou) renverse toute la dynamique : la frontiĂšre entre objet de gameplay et vĂ©ritable personnage vole en Ă©clats.
Le Beach : la plage qui fait flipper
Lieu de transition, espace liminal, le Beach est une dimension Ă la fois dĂ©sincarnĂ©e et saturĂ©e de symboles. Câest lĂ que sâopposent Sam et Higgs dans des affrontements qui ressemblent plus Ă des combats de volontĂ©s quâĂ de la pure action. On y croise des vestiges de guerres passĂ©es, des ocĂ©ans renversĂ©s, et chaque personnage y a sa propre âversionâ du rivage. Bref, un terrain de jeu ultra-mĂ©taphorique que Kojima utilise pour explorer (et exploser) les notions de rĂ©cit collectif.
Les grandes questions existentielles : le cĆur qui bat sous la carapace
Se connecter ou sâisoler ?
Toute la mĂ©canique du jeu souligne la puissance de la coopĂ©ration. Pourtant, il existe toujours cette tentation de se renfermer : bunkers, prĂ©ppers qui vivent reclus, technologies capables dâamplifier la solitude. Dâun autre cĂŽtĂ©, vous avez Higgs et ses Homo Demens qui veulent prĂ©cipiter la fin du monde. Le message est clair : dans un univers oĂč tout semble foutu, la connexion reste un acte de foi⊠et de rĂ©sistance.
Le temps, ce grand méchant
Le Timefall et son vieillissement accĂ©lĂ©rĂ© nous renvoient Ă nos angoisses les plus profondes : celle de la mort qui arrive trop vite, du temps qui nous file entre les doigts. Les flashbacks de Cliff, emprisonnĂ©s dans des boucles historiques, font Ă©cho Ă lâidĂ©e dâun temps cyclique. Kojima pioche lĂ -dedans pour un rendu quasi bergsonien : la temporalitĂ© subjective versus lâhorloge cosmique.
Extinction (et Ă©cho Ă©cologique)
Les pluies chiraliennes, les plages jonchĂ©es de baleines mortes, les Voidouts Ă rĂ©pĂ©tition⊠tout ça ne peut quâĂ©voquer nos prĂ©occupations Ă©cologiques actuelles. La âSixiĂšme Extinctionâ du jeu, câest un miroir grossissant de notre crise climatique. Sauf quâici, la solution nâest pas une guerre frontale contre la nature, mais la reconstruction patiente dâun lien humain et technologique, assez solide pour ne pas tout faire pĂ©ter.
En attendant Death Stranding 2 : ce qui nous attend au crépuscule
Les mystĂšres toujours en suspens
Le premier opus a laissĂ© quelques bombes scĂ©naristiques non rĂ©solues : quâest-il advenu des autres BBs ? Les ĂchouĂ©s vont-ils se dissiper ou muter aprĂšs la mise en place du RĂ©seau Chiral ? Quel rĂŽle jouera Fragile Ă lâavenir ? Et surtout, oĂč nous mĂšnera rĂ©ellement lâintrigue autour de ces entitĂ©s dâextinction ? Kojima a bien teasĂ© quâil nous restait des choses Ă dĂ©couvrir.
Des pistes technologiques⊠et plus si affinités
Death Stranding 2 : On the Beach suggĂšre une mise Ă jour du RĂ©seau Chiral, voire une ouverture vers dâautres planĂštes (et pourquoi pas dâautres galaxies). Les rumeurs parlent de civilisations extraterrestres ayant vĂ©cu leur propre Death Stranding. On a aussi vu des teasers dâenvironnements dĂ©sertiques, ce qui pourrait signifier un bond dans lâespace, une dimension parallĂšle, ou un aprĂšs-cataclysme encore plus extrĂȘme.
LâADN philosophique intact
Si le premier jeu tournait autour de la nĂ©cessitĂ© de se reconnecter, le sous-titre On the Beach (clin dâĆil au roman post-apocalyptique de Nevil Shute) laisse entrevoir un thĂšme plus centrĂ© sur âlâaprĂšsâ. Quâest-ce quâon fait quand tout est (encore) foutu ? Kojima, fidĂšle Ă lui-mĂȘme, pourrait creuser les questions de transhumanisme chiral, de rĂ©incarnation quantique ou de colonisation extra-terrestre. Mais toujours dans ce mĂ©lange de fascination technologique et dâangoisse.
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